La Russie ou les Russies?

L’URSS n’est plus. Une ‘grosse puissance’ est morte. Elle s’est éparpillée en plein de pays, c’est une dislocation. Et bien non. Non il ne s’agit pas d’une dislocation. Du moins pas aussi grave que ce qui aurait pu (du?) se passer. D’abord le pays garde un autoritarisme pour coiffer la cocotte minute, ensuite les disparités ne manquent pas, donc l’avenir de la Russie sera vraisemblablement celui des Russies.

Le premier point, l’autoritarisme. Le parti de Messieurs Poutine et Mevedev s’appelle ‘Russie Unie’. Déjà tout est dit: ce parti  a pour vocation de maintenir l’unité d’un pays (et sans doute une cause perdue). Quand ce n’est pas un scandale sur les assassinats des défenseurs des droits les plus élémentaires, ou sur les sévices dans l’armée, sur les agissements abscons des services secrets c’est l’élimination des chefs de partis politiques opposants qui font parler d’elle. Ces 10 dernières années, la Russie n’a pas fait de progrès. Cette ‘fédération’ d’après sa constitution, semble s’être plus inspirée d’Arès que d’Aphrodite. Le meilleur exemple en est la Tchétchénie. Légalement un membre de cette aimable nation peut demander la séparation, toujours selon la constitution russe. C’est ce qui a été tenté en Tchétchénie. Finalement le pouvoir moscovite a dit ‘NIET’ et a bombardé tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à des opposants, faisant de Grozny un tas de bitume fumant. Le sympathique président de la République peu glorieuse de Tchétchénie Kadyrov se targue d’ailleurs de torturer personnellement ses opposants, avec la bénédiction du Kremlin. Il faut dire que la démocratie à Moscou fonctionne aussi bien que les Kolkhozes de la grande époque. Donc difficile de donner l’exemple. Si le pouvoir avait accepté la requête de cette petite république du Caucase, d’autres auraient suivies, et pas qu’une…

C’est le second point de notre analyse. Le caucase, ce sont pleins de républiques bananières: l’Ingouchie, la Kabardino-Balkarie, le Daguestan, l’Ossétie du Nord, autant de peuples opprimés, qui ont le plus haut taux d’armement en % de PIB du monde. C’est dire si la région est explosive. Et ce n’est pas nouveau. Stalline avait jugé bon de déplacer les Tatares. Un peuple du Tatarstan (milieu au sud du pays) pour qu’ils évitent de trop réclamer quoi que ce soit. Et il ne s’agit pas d’un cas isolé. Dans le même genre, la Kalmoukie, tout au Sud-Ouest de la Russie. Une drôle de région, située en Europe, mais bouddhiste (si si). Une réminiscence des invasions mongoles, où les échecs (le jeu avec une dame et un roi, pas la mise en place de la démocratie) sont le sport national (et la capitale mondiale de ce sport cérébral). il y a donc potentiellement un état bouddhiste en Europe, qui n’a rien à voir avec le reste de la Russie. Lors de l’été 2009, des manifestations ont également eut lieu dans l’extrême Orient russe, pour demander leur rattachement au Japon, et il ne s’agit pas seulement des îles Sakhalines. Qu’on pense aussi à l’enclave Russe de Kaliningrad, coincée au milieu de l’Europe de l’Est, qui ne doit son attachement au pays géant qu’en raison du pétrole et gaz naturel qu’il possède. Donc, l’URSS s’est disloquée, oui, mais pas tant que ça. Un pays vide, à coté d’un pays plein. Quel avenir? Les chinois traversent en masse le fleuve Amour, repeuplant ces steppes laissées à l’abandon. A quand des revendications nationalistes? Sans doute dans quelques décennies.

Si la Russie continue de s’arc bouter bêtement sur ce qui peut encore se préserver, sans se transformer, l’inévitable se produira: la Russie va de nouveau exploser en petits morceaux. Avec sans doute une Russie européenne, et pleins d’amis pour les Arménie, Azerbaïdjan et autre Géorgie pour traiter d’égal à égal. Cela se produira sans doute lors de la prochaine phase de démocratisation de la Russie. On comprend pourquoi certains y sont réticents: la dernière fois qu’ils ont essayé, le pays s’est réduit comme une peau de chagrin. D’ailleurs, les fers de lance de la théorie en vogue en Russie, une sorte de néo-nationalisme (pour ne pas dire fascisme) dont Natalia Narotchnitskaïa est l’une des éminences, ont le vent en poupe. La ‘Grande Russie’, n ‘est pas une nouveauté. Les ‘Grande Hongrie’, ‘Grande Serbie’ et autres ‘Grande Bananerie’ ont souvent été essayées. Jamais perdurées.

A propos lesyeuxenfacedestrous

Diplomé de l'ESSEC et titulaire d'un Master d'économie. Je souhaite informer le mieux possible.
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